Tous acteurs dans la gestion de nos déchets d'équipements électriques & électroniques ?

Il est plutôt d’usage de parler d’ère numérique plutôt qu’électronique. Pourtant, que serait le contenu (le document numérique) sans le contenant (l’équipement électronique) ? Par ailleurs, évoquer le numérique, porteur de rêve autour d’une société idéale basée sur l’information, semble vouloir occulter la face sombre des équipements électriques et électroniques. Ils sont en effet de très gros consommateurs de ressources tant lors de leur création que lors de leur destruction. Aussi préférerons-nous l’expression « ère électronique » à celle d’ « ère numérique ».
Reconnus comme très polluants, et bien qu’ils soient régis par une réglementation stricte, les déchets d’équipements électriques & électroniques (DEEE ou D3E) sont encore très souvent jetés avec les ordures ménagères. Ils seront alors parfois récupérer par des biffins ou des récupérateurs occasionnels qui les sauveront ou pas de l’incinération.

Biffins & récupérateurs occasionnels, acteurs de la valorisation de nos déchets ou pollueurs de notre environnement ? La réponse tiendra à leur niveau de connaissances sur les D3E. De là, l’interrogation sur les moyens aujourd’hui à disposition pour diffuser plus largement des connaissances, en vue, non plus, de sensibiliser les citoyens mais, de les former pour qu’ils soient en capacité d’agir.

Biffins ou récupérateurs de l’ère électronique, « valorisateurs » de nos déchets ou pollueurs de notre environnement ?

Biffin est un synonyme de chiffonnier, c’est-à-dire : « Celui, celle qui ramasse des chiffons ». D’après l’article de Wikipedia consacré au chiffonnier, le nom biffin est masculin et remonterait au XIXe siècle. Il est « dérivé de « biffe », au sens de « chiffon, objet sans valeur » (XVe siècle) ainsi dénommé par le peuple à cause de son crochet qui sert à deux fins, se défendre et ramasser les biffes. »
Sans idéaliser le métier de chiffonnier, il répondait (en France jusqu’au milieu du XXe siècle) à un besoin social et écologique. Toujours selon la même source, « La disparition de ce métier tient essentiellement aux habitudes de consommation qui ont considérablement évolué à partir des années 1970, avec l’apparition de la grande distribution et le ramassage des ordures généralisé dans tous les pays d’Europe. »

En fait, les biffins n’ont pas disparu en France. Une association, Amelior milite pour leur reconnaissance. Elle s’est donnée pour objet statutaire de :

  • « Favoriser l’émergence et l’organisation de marchés d’économie locale issus de la récupération, du recyclage, et de la revalorisation des déchets;
  • contribuer à l’insertion professionnelle, économique, et sociale des biffins et recycleurs;
  • développer des actions éducatives autour du tri sélectif, du recyclage et de l’économie circulaire;
  • faire connaître l’activité économique individuelle de subsistance issue de la récupération en zone urbaine, le DROIT À LA BIFFE;
  • favoriser le lien intergénérationnel et la solidarité entre les cultures;
  • contribuer à la lutte contre l’exclusion, le gaspillage;
  • contribuer à la réduction des déchets et à l’écologie;
  • organiser des événements en lien avec l’écologie, la solidarité et l’action culturelle;
  • défendre les intérêts des biffin-e-s et adhérent-e-s et toutes autres activités qui pourraient y contribuer. »

Le biffin exerce son activité pour survivre, ce qui n’est pas le cas du récupérateur occasionnel. Au regard de la complexité du traitement des D3E, ces deux catégories sont pourtant dans la même situation quant à :

  • leur impact sur l’environnement,
  • leur manque de connaissances techniques ou réglementaires sur les DEEE,
  • une absence d’outillage adapté.

Quelques exemples concrets de situations non satisfaisantes. Qui n’a pas rencontré un bidouilleur ravi d’avoir récupéré un « sous-ensemble » et qui ne savait que faire de 99% des autres éléments de la machine ? Qui n’a pas déjà vu, abandonnée sur la chaussée publique, une télévision à écran cathodique « explosée » pour pouvoir récupérer quelques grammes de cuivre ?
Mal s’y prendre, c’est souvent gaspiller des ressources et polluer l’environnement. Mais, existent-ils des solutions pour permettre à des acteurs locaux non industriels d’intervenir efficacement dans la revalorisation des DEEE ?

La diffusion des savoirs, un moyen citoyen pour se réapproprier des ressources et améliorer la qualité de notre environnement ?

Quelques rappels

« La filière française de collecte et de traitement des DEEE a officiellement vu le jour le 13/08/2005 pour les déchets d’équipements professionnels, et le 15/11/2006 pour les déchets d’équipements ménagers (15/11/2007 pour les DOM) ». (Ademe) Les premiers éco-organismes pour la filère professionnelle n’ont été agréés qu’en … août 2012. cf http://www.actu-environnement.com.
Bien du chemin reste donc à parcourir dans le secteur des DEEE tant dans la filière que dans les processus de traitement.

Par ailleurs, croire que des experts pourront résoudre tous les problèmes en lieu et place des individus, c’est commettre une lourde erreur. Les D3E sont un problème de société et c’est à la société dans son ensemble de tenter d’y répondre. Le déchet, c’est l’affaire de tous. Nous sommes tous responsables. Comme le rappel le slogan bien connu. « Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas ! »

De la sensibilisation à la formation

Nous pensons que le citoyen peut et doit intervenir dans la gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques. Il nous semble qu’il faut aller au-delà de la sensibilisation en formant les citoyens aux D3E afin qu’ils agissent concrètement en oeuvrant à limiter le volume de déchets d’équipements électriques & électroniques.
Quel contenu pour ces formations ? Quels outils de formation ? Quel(s) lieu(x) pour suivre ces formations ? Quels financements pour mettre en oeuvre ces formations ?

Quel contenu pour ces formations ?

Quelques pistes :

  • Apprendre ce qu’est concrètement un déchets d’équipements électriques & électroniques et découvrir ce que l’on appelle une ressource.
  • Connaître le cadre réglementaire européen et national autour des D3E.
  • Savoir démanteler un D3E.
  • Identifier les différents plastiques et savoir les réutiliser localement.
  • Les fondamentaux en électricité et en mécanique.
  • Apprendre à réutiliser ou ré-employer des déchets : savoir faire de la revalorisation.
  • Apprendre à construire ses propres équipements sur le mode des « ateliers fait les toi-même« .
  • ….

Quels outils ?

On pouvait lire dans le bbf 2013 – t. 58, n° 3, « Ce que le numérique fait au savoir, à l’enseignement, à la transmission, voilà bien une interrogation ou un sujet d’inquiétude largement répandus aujourd’hui. » Pourtant c’est aussi un moyen de toucher de vastes publics. Dernier avatar : le MOOC pour massive online open courses. Voir par exemple, une émission de France Inter sur le sujet.
Pour le moment, encore plutôt axé universitaire (http://www.france-universite-numerique.fr/numerique-technologie.html ou http://www.coursera.org), ne pourrait-on envisager un MOOC sur les D3E moins élitiste, réalisé par un ensemble d’intervenants au profil varié (bidouilleurs, recycleurs, artistes, designers, ingénieurs, documentalistes…) ?

La vulgarisation scientifique promue par de nombreuses institutions ne date pas d’hier. Comme le dit un dicton : « On peut vivre sans savoir comment les choses fonctionnent, mais on vit tellement mieux quand on sait…. » De plus, l‘éducation populaire n’a pas attendu les Mooc pour s’intéresser à la diffusion de la culture scientifique.
On peut d’autant mieux imaginer des ateliers de sensibilisation sur les D3E qu’ils existent déjà. La Rockette-Libre propose tous les 2nd vendredi du mois des ateliers démontage/inventaire et la Collecterie de Montreuil des « démantèlements parties » chaque premier vendredi du mois.
Des ateliers réutilisations de sous-ensembles de D3E ont également été imaginés avec la ressourcerie de la Petite Rockette sans que cela ait été finalisé.

Nul doute qu’un catalogue collectif d’équipements électriques & électroniques dans lequel on trouverait par type d’appareil les sous-ensembles existants ainsi qu’une base de connaissances open source de démantèlement et de réutilisation possibles seraient précieux dans ce contexte de formation citoyenne…

Quels lieux ?

Le plan régional d’élimination des déchets ménagers et assimilés (PREDMA) prévoit la création d’ici à 2019 d’une trentaine de ressourceries. Encore trop souvent des lieux de collecte, de revalorisation et surtout de vente, la dimension sensibilisation est souvent délaissée faute de temps. Un rapprochement entre ressourceries, bric à brac Emmaüs et hackerspaces ou fablabs pourrait être propice à l’émergence de formations dédiées aux D3E.

Les points de collecte de D3E avec plus de superficie pourraient être pensée pour intégrer des espaces de démantèlement et de formation.

Quels financements pour mettre en oeuvre ces formations ?

Si l’on peut envisager une part de bénévolat, il ne serait ni souhaitable ni juste que des individus motivés donne de leur temps au profit de l’intérêt général sans bénéficier d’une part des revenus de la taxe d’ordure ménagère et d’une parties des fonds perçus par les éco-organismes.

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Réappropriation citoyenne de la gestion des déchets d’équipements électriques & électroniques, raffermissement du lien social, circuit court par une revalorisation locale, n’est-ce pas un meilleur programme qu’une destruction par incinération comprenant ou pas de la revalorisation énergétique ou du recyclage ?

Le 18/11/2013,
CD

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