Manifeste pour l'open D3E ?

Après un énoncé de certains fondamentaux sur les équipements électriques & électroniques, on abordera succinctement quelques enjeux autour des déchets d’équipements électriques et électroniques (D3E). Le décor étant planté et après avoir remis en cause la voie du tout recyclage, on introduira la notion d’open déchets d’équipements électriques & électroniques.

Fondamentaux sur les EEE et les D3E

Techniquement, les équipements électriques et électroniques, ou EEE sont définis par la directive 2002/96/CE comme « les équipements fonctionnant grâce à des courants électriques ou à des champs électromagnétiques, et les équipements de production, de transfert et de mesure de ces courants et champs, relevant des catégories mentionnées à l’annexe I A [de la directive 2002/96/CE], et conçus pour être utilisés à une tension ne dépassant pas 1 000 volts en courant alternatif et 1 500 volts en courant continu; » Pratiquement, cafetières électriques, grilles pain, ordinateurs, téléphones … en bref tous ces objets grands ou petits qui constituent notre quotidien au boulot ou chez soi et nous le facilite. Des objets si bien intégrés à notre vie que l’on ne les remarque même plus sauf lorsqu’ils ne fonctionnent plus, qu’ils deviennent trop envahissants ou qu’un nouveau modèle ++ nous pousse à nous débarasser de ce qui devient dès lors … un déchet.
Le problème de ces déchets dit DEEE ou D3E , c’est que contrairement par exemple aux déchets verts biodégradables, « quasiment tous les équipements électriques et électroniques contiennent des matériaux pouvant être dangereux pour l’environnement ou la santé humaine. » http://www2.ademe.fr/servlet/KBaseShow?sort=-1&cid=96&m=3&catid=14688 Or, « la filière de collecte et de recyclage des DEEE est opérationnelle en France depuis le 22 juillet 2005 pour les DEEE professionnels, et depuis le 15 novembre 2006 pour les DEEE ménagers« . http://www.developpement-durable.gouv.fr/Dechets-d-equipements-electriques,12039.html Autant dire, que le secteur des D3E quoi qu’extrêmement encadré juridiquement est à ses débuts et que les dérives comme celles d’expatrier les D3E dans les pays dit en voie de développement ne semblent pas anecdotiques.

D3E et EEE du point de vue technique, environnementale et politique

Les D3E et/ou les EEE sont intéressants à plus d’un titre. D’un point de vue technique et économique, ils sont le produit d’un système. Produit qui n’a été possible que grâce aux connaissances & savoirs-faire acquis au cours d’une évolution scientifique et technique. Ils sont la marque de notre civilisation technologique rendue possible par notre organisation sociale ainsi que l’accumulation et la concentration d’un capital financier. La plupart d’entre nous prenons ces équipements comme des acquis et des choses dues. Mais certains se sont-ils jamais demandés ce qu’il fallait faire pour simplement créer un grille pain « from scratch ». Non ? Cette vidéo pourra alors peut être répondre à cette question. http://www.ted.com/talks/thomas_thwaites_how_i_built_a_toaster_from_scratch.html
D’un point de vue environnemental, l’empreinte des équipements électriques et électroniques est colossale. Pour fonctionner, ces équipements ont besoin d’une source d’énergie qui multipliée par leur quantité donne une consommation énergétique faramineuse. Or, dans un contexte de pic pétrolier, de raréfaction des ressources, de pollution et de changement(s) climatique(s), cette surconsommation énergétique est un problème. Par ailleurs, pour fabriquer un équipement il est nécessaire d’utiliser quantité de matières qu’il aura fallu au préalable extraire par des activités lourdes de l’industrie minière bénéficiant parfois d’une législation sociale et environnementale contestable. http://www.youtube.com/watch?v=-rZlyUv7sHo. Et quand on sait que pour avoir quelques grammes de matières premières utilisable on fabrique une quantité astronomique de déchets…
D’un point de vue social et politique, la facture/fracture est aussi importante. Comme la voiture, l’équipement électrique électronique dernier cri est la marque de notre place dans la société. Le nombre d’équipements possédés est souvent corrélé à notre « pouvoir d’achat » et donc à notre consommation. En apparence, symbole de notre puissance sur la nature, il n’est souvent maîtrisé qu’en apparence. Qui en effet peut se venter de comprendre comment un équipement électrique et électronique a été fait et fonctionne ? Que ferions-nous sans lui ? Et comment le ferions-nous ? Quel impact cela aurait-il sur notre organisation sociale ?

L’open D3E pour relativiser le tout recyclage ?

Face à la marée de D3E qui renvoient aussi à la problématique des plastiques http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/05/09/le-7e-continent-de-plastique-ces-tourbillons-de-dechets-dans-les-oceans_1696072_3244.html . La voie officielle choisie pour « traiter » les D3E est celle dite du recyclage. Mais, et si la direction prise pour gérer de manière industrielle nos D3E n’était pas aussi vertueuse que ce que l’on peut régulièrement entendre ? Loin d’une vision idyllique, la réalité est plus compliquée. Recycler, c’est remettre dans un cycle et donc bien souvent, c’est … détruire. Il faut utiliser de grandes quantités d’énergie pour refondre et obtenir de la matière première secondaire (MPS). Un certain nombre de polluants à des doses plus ou moins incontrôlées « s’échappent » au cours du processus. Ce qui n’a pu lors de cette transformation être recyclé devra être stocké commme matières dangereuses dans des installations officiellement ou pas sécurisées pour de longues voire très longues périodes. http://www.cniid.org/Le-scandale-bien-enfoui-des-machefers-d,233 Une petite proportion de l’énergie dépensée dans la destruction sera parfois récupérée. On appellera cela de la revalorisation énergétique.
Quelle(s) direction(s) nous restent-ils si l’on remet au moins, en partie, en cause la solution du tout recyclage ? Electrocycle, l’Asso D3E a depuis plus d’un an exploré quelques possibles. Voici quelques questions pour vous mettre sur la voie.
Si l’on se mettait à réfléchir globalement voire à agir localement ? Si notre plus gros problème n’était pas tant la collecte que le traitement des D3E ? Et si plutôt que de se débarasser de ses déchets sans penser à ce que cela à impliquer, implique et impliquera on se posait la question de notre responsabilité en tant qu’individu ? D’ailleurs, que pèse cette responsabilité au regard de celle des industriels, des chercheurs, des politiques…? N’y a-t-il pas une forme d’injustice pour les ménages à payer une taxe sur les déchets d’ordures ménagères alors qu’une partie des déchets s’avère être une ressource pour certains voire une rente financière ? Serait-il possible que des D3E (en tout ou comme sous-ensemble) puissent être considérés comme une ressource commune et profite à une plus large communauté ? A quand, la notion d’open déchets d’équipements électriques et électroniques basée sur la transparence des filières (http://www.cniid.org/Rapport-de-la-Cour-des-Comptes-sur-la,314), la libre utilisation de ressources plutôt que leur destruction et l’accès à une documentation de qualité permettant la réutilisation de sous-ensembles de D3E ?

Le 8/07/2013
CD

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