Leçons à tirer après une action ponctuelle de déstockage de D3E ?

Suite à une initiative lancée par un membre du Tmp/Lab sur la liste de diffusion, un petit groupe de 4 personnes s’est retrouvé face à des piles de déchets d’équipements électriques & électroniques (DEEE ou D3E) qui s’étaient progressivement accumulées.
Après une rapide concertation, nous avons décidé de transférer les déchets les plus volumineux à la la décheterie d’Ivry sur Seine. Le but était donc de faire de la place et pas de valoriser ces déchets.

La stratégie étant ainsi définie, il a fallu trouver des espaces relativement vides afin de pouvoir faire du tri dans les piles de déchets et pouvoir accéder aux D3E que nous souhaitions évacuer.
Deux télévisions à écran cathodique, des tubes néons grillés, des cartes électroniques, un gros et vieux équipement électrique et électronique aux fonctionnalités indéfinies se sont vus charger dans le véhicule d’un des membres de la fine équipe.
Deux d’entre nous sont partis, munis de justificatifs de domicile et de pièces identités, à la décheterie. Tandis que les deux autres se sont attaqués au ménage et à la réorganisation de l’espace dégagé. Une caisse et une palette ont été utilisées afin de structurer l’espace, de manière à pouvoir stocker les matériaux plastiques d’une part et, d’autre part les équipements électriques & électroniques qui devront faire l’objet d’un diagnostic.
Cartons, papiers abimés et non réemployables ont été mis aux ordures ménagères. Un second voyage serait prévu prochainement pour déstocker les matériaux plastiques volumineux qui sont, en l’état actuel, des déchets non employables et qui prennent de l’espace.

Au final, un gain de place et une impression d’ordre mais … pour combien de temps ? Aurait-on pu faire mieux ? Quelles leçons tirées de cet atelier déstoskage de D3E ?

Aurait-on pu faire mieux ?

La décheterie, une panacée ?

Une décheterie ne fait pas à proprement parler de traitement de déchets. Elle sert de point de collecte et stocke les déchets par grande catégorie. Bien qu’ayant personnellement visité le centre de tri et de stockage d’Ivry sur Seine, nous n’avons pas une connaissance fine de son fonctionnement. Nous savons néanmoins que le traitement des DEEE est sous-traité (http://www.syctom-paris.fr/edi/collectivite/filieres-dechets/fiches-dechets/equipements-electriques-electronique.htm) et, qu’au moins jusqu’en fin 2011, tous les D3E étaient mélangés ensemble. Pour info, c’est principalement à l’occasion d’une « visite » de cette décheterie et en l’absence d’un retour de sa direction à une suggestion d’amélioration que le « projet D3E » a été initié. Il y avait donc une certaine ironie à devoir déposer des déchets en provenance d’un lieu qui croyait-on au début du projet pourrait être un acteur modeste dans le traitement des D3E !

Le déchet, une ressource exploitable ?

Dans le cadre de ce qu’on appelle l’économie circulaire, le déchet est vu comme une ressource. Pour rappel, « Une tonne de gravats d’une mine primaire contient 5g d’or. Une tonne de téléphones portables en contient 300-350 g. » ! Nous renvoyons également vers ecoinfo.cnrs.fr qui propose un éclairage intéressant sur l’utilisation des matériaux dans les équipements électriques et électroniques (EEE).

En parallèle, quand on a vu les conséquences de l’extractivisme, pour lequel une soirée était organisée récemment, on peut regretter de ne pas être en mesure d’aller plus loin.

Répondre à l’urgence mais penser l’après ?

L’atelier déstockage auquel nous avons participé était pragmatique. Dans le temps limité que nous avions et pour avancer dans le rangement, c’était la seule option réaliste.
Pourtant, il n’est pas agréable de savoir que ce dont on se débarrasse, même s’il n’a plus de valeur d’usage demeure en fait une ressource potentiellement réutilisable. Ressource qui in fine sera, soit recyclée et exploitée par d’autres, soit gaspillée et détruite en polluant notre environnement.
Alors que certains lieux de (ré)appropriation de savoirs et de diffusion de connaissances que nous connaissons recherche des sources de financement – certains courant après les subventions publiques de plus en plus rares et d’autres cherchant des modèles économiques viables – c’est dommage de manquer une opportunité. Du moins, si l’on imagine qu’il est possible de traiter correctement des D3E à partir de moyens simples, ingénieux et open source, ce qui à notre connaissance n’a pas encore été prouvé.

Quelles leçons tirées de cet atelier déstoskage de D3E ?

Pour le futur proche

  1. La génération spontanée de DEEE, ça n’existe pas ! L’empilement de couches de déchets est le résultat d’une absence de gestion de flux des arrivées et des départs d’équipements destinés à être « audités » voire hackés. [Cela dit, un hackerspace n’est pas une ressourcerie, et il n’est pas sûr qu’il soit possible d’organiser, sur la durée, quelque chose.]
  2. Il faut savoir utiliser les moyens du bord pour structurer l’espace, rendre certains éléments de rangement mobiles, éviter de gêner la circulation pour pouvoir atteindre des objets.
  3. Les conditions de stockage sont importantes et des consignes de bon sens devraient pouvoir éviter un certain gaspillage. Par exemple, le papier comme le carton, le bois, les métaux, les équipements électriques ou électroniques n’apprécient pas l’eau ! Il est irresponsable de les laisser exposés aux intempéries.
  4. La frontière entre un déchet et une ressource est parfois très mince. Il peut parfois s’agir d’un autre regard. Ainsi, si d’autres personnes avaient été présentes, nul doute que certaines d’entre elles, auraient souhaitées conserver des éléments du chargement pour la décheterie !
  5. L’autogestion passe par le respect de règles consensuelles. Il peut être nécessaire de les formaliser et … de les faire respecter. Cela afin d’éviter des travaux de Sisyphe.

Pour un futur un peu plus éloigné ?

Contrairement à l’idéologie véhiculée par les TIC, les choses prennent du temps. L’action de notre association portera peut-être ses fruits dans ces lieux, jusqu’à présent, plus intéressés par la technique que par l’environnement et l’écologie.
On ne part pas de rien. Certains, comme Usinette, s’intéressent au recyclage du plastique. Un projet de broyeuse-extrudeuse dit « recyclette » est en cours. Quels autres dispositifs imaginés pour rendre accessible la valorisation des « déchets » en ressource pour tout un chacun, en gardant toutefois à l’esprit, « qu’un bon déchet, c’est celui qu’on ne produit pas » !

Y-aura-t-il un jour des Mooc dédiés à la valorisation de déchets comme nous le proposion dans un précédent article ?

Trouvera-t-on un jour des lieux où il serait possible d’apprendre et de faire du traitement de déchets dans le respect de la réglementation stricte des DEEE et à côté de filière industrielle ?
Serait-il possible de mettre en place une sorte de circuit court du déchet avec des acteurs locaux formant des communautés gérant leur ressources comprenant notamment des outils open source de traitement des déchets (re)devenus ressources ?

Le 10/01/2014
Mis à jour le 11/01/2014
CD

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