Hacker les repair-cafés ?

Le projet de ressourcerie virtuelle de D3E fut lancé (fin 2011) pour améliorer la réutilisation et le réemploi des équipements électriques et électroniques. Electrocycle-l’Asso D3E, par la mise en relation, souhaite développer les synergies d’acteurs identifiés (ou pas), intervenant dans le domaine des déchets d’équipements électriques & électroniques. Cet article s’intéresse à la relation éventuelle de deux de ces acteurs. Il interroge sur leur complémentarité et le regard probable des professionnels de la réparation vis à vis d’amateurs.

« Réparer ensemble, c’est l’idée des Repair Cafés ; des rencontres ouvertes à tous dont l’entrée est libre. Outils et matériel sont disponibles là où est organisé le Repair Café, pour faire toutes les réparations possibles et imaginables. Vêtements, meubles, appareils électriques, bicyclettes, vaisselle, objets utiles, jouets, et autres. Des experts en la matière sont aussi au rendez-vous, électriciens, couturières, menuisiers, réparateurs de bicyclettes.
On y apporte les choses en mauvais état qu’on a chez soi. Et on se met à l’ouvrage avec les gens du métier. Il y a toujours quelque chose à apprendre au Repair Café. Qui n’a rien à réparer, prend un café ou un thé. Ou aide à réparer quelque chose appartenant à un autre. On peut toujours aussi y trouver des idées à la table de lecture, proposant des ouvrages sur la réparation et le bricolage. » C’est ainsi que sont présentés les repair-cafés ou repar’ café ou répare café… sur le site http://www.repaircafe.fr/ .
Les hackers s’occupent, en général, plus du comment fonctionnent les choses que de l’apparence. Les hackerspaces, lieux où l’on trouve des hackers, font du « Do it Yourself » (DIY) – en français, « fait le toi-même » – une pierre angulaire de leur fonctionnement.
Peut-on concilier repair cafés et hackerspaces ? Sans doute si l’on fait du hacking dans les repair cafés, mais en fait-on ?

Il y a la théorie, les idées généreuses et … la pratique. Il peut y avoir divergence entre la manière dont sont présentés les répair cafés et celle dont ils fonctionnent ou fonctionneront.
Les motivations des publics des repairs cafés sont d’au moins deux ordres. Il peut s’agir pour la personne soit d’économiser sur le prix d’une réparation, soit d’apprendre pourquoi son objet ne fonctionne plus ou comment le réparer. Bien sûr, ces motivations sont souvent mêlées. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, elles sont parfois antagonistes. Pour certaines réparations, on peut arriver à dépenser beaucoup plus d’argent si l’on décide de réparer les choses soi-même qu’en passant par un professionnel (lorsque le choix est possible). On ne dépense d’ailleurs pas seulement de l’argent mais aussi du temps et comme d’après le dicton, le temps c’est de l’argent, le DIY peut revenir très cher.
Toutes les personnes allant dans un repair café sont-elles prêtes à « perdre » du temps pour un résultat qui pour prix de sa gratuité est aléatoire ? Beaucoup ne se posent pas cette question et croient pouvoir bénéficer d’une prestation de service gratuite.

On ne s’improvise pas électricien, chimiste … et certains réparateurs professionnels se montrent assez circonspects par rapport à des pratiques amateurs. D’autant que lorsque l’on touche, par exemple, à des équipements électriques et électroniques, les risques peuvent parfois être mortels. Un assureur n’aurait pas à faire beaucoup d’efforts d’imagination pour doucher votre entousiasme. Quid, si un incendie se déclenche provoqué par un grille pain ayant fait l’objet d’une intervention dans un repair café ?
N’imaginez pas pouvoir bénéficier d’une garantie gratuite, c’est en effet là, l’un des intérêts, en plus de son savoir-faire, de recourir à un professionnel.
Ne vous faîtes pas non plus d’illusions sur la réparabilité de certains produits. Le degré de technicité de certains équipements est parfois tel que la réparation est tout simplement impossible. C’est d’ailleurs ce constat qui a poussé notre association à privilégier la piste de la réutilisation de pièces détachées pour faire autre chose dans le cadre du mouvement dit du « matériel libre » plutôt que la réparation.

Que conclure sur l’idée d’alliance entre hackerspace(s) et repair café(s) ?
La vie est faite d’aléas où le risque zéro n’existe pas. Les Hackers ont intégré cet état de fait et assument liberté (de faire ou pas) et responsabilité de leurs actes. Un usager des repair cafés est-il prêt à se prendre en charge, à accepter les risques de « perdre » du temps, à s’intéresser plus à la maîtrise des outils et de la technique donc au hacking qu’à sa réparation ?
Cette question renvoie à la problématique de la fonction des repairs café. Sont-ils ou seront-ils des lieux de (ré)appropriation de savoirs et des techniques ou des lieux de réparation au rabais donnant lieu à des prestations complémentaires commerciales ? On peut sans doute déjà imaginer une réponse entre les deux. Les hackerspaces franciliens seront-ils prêts à rentrer dans cette zone grise ? Si l’on distingue fablabs et hackerspaces, ne nous dirigerons-nous pas plutôt vers une alliance Fablab-Repair Cafés que Hackerspace-Repair Cafés ?

CD
17/05/2013

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