Hacker les hackerspaces ?

« Un hackerspace, hacklab ou media hacklab est un lieu où des gens avec un intérêt commun (souvent autour de l’informatique, de la technologie, des sciences, des arts…) peuvent se rencontrer et collaborer. Les Hackerspaces peuvent être vus comme des laboratoires communautaires ouverts où des gens (les hackers) peuvent partager ressources et savoir« . Wikipedia

En 2013, nous évoquions le sort futur de certains hackerspaces et autre tiers lieux franciliens. Que sont-ils devenus ? Aurait-on besoin de les promouvoir ? Si oui, que faire pour les pérenniser et n’y a-t-il pas alors un risque de détournement ?

Que sont-ils devenus ?

La procédure d’expulsion du /tmp/lab a été abandonnée. Tmp et Usinette ont investi, après la signature d’une convention avec la Mairie de Choisy le Roi d’une année renouvelable, une partie de la « Maison pour Tous ». En échange, le /tmp/lab s’est engagé à proposer des conférences sur différents sujets contribuant ainsi à la diffusion des savoirs. La première conférence consacrée à « Pourqui Obama lit-il mes emails » s’est d’aileurs tenue le samedi 18 janvier.
La Paillasse, « co-squatter » de Vitry, a pu profiter d’un répit avant, l’espère-elle de pouvoir bénéficier d’un lieu à elle sur Paris.
La Blackboxe a dû déménager du théatre de Verre. Elle a passé un peu de temps au « Bloc » près de Bagnolet avant d’emmenager en Seine Saint Denis. Elle devait prochainement rejoindre un futur « cluster » de lieux alternatifs (intégrant la gare XP qui intégrait elle-même le Loop) dans le XIIe arrondissement.
La Rockette-Libre a suivi le chemin de la ressourcerie de la Petite Rockette. C’est maintenant au 125 rue du chemin vert à Paris, dans le XIe arrondissement qu’il faudra se rendre. Les nouveaux locaux spacieux inclueront prochainement à demeure un hackerspace, en plus de la ressourcerie et d’un café.

Hackerspaces 3 – Fablabs 11 !

Ce qui pourrait apparaître comme une querelle de clocher et de spécialistes pour différencier hackerspaces et fablabs va en fait un peu plus loin. Nous essaierons de l’expliquer à l’aune du pragmatisme, de la métaphysique « la science des limites de la raison humaine » (Kant in opus Postumum) et d’un concept en pleine renaissance : les communs.

En juin 2013, certaines structures, sur le modèle des hackerspaces ont répondu à l’appel à projet Fablabs. Au final aucune d’entre elles – y compris l’Electrolab qui tient du hackerspace par sa philosophie et son fonctionnnement et se rapproche du laboratoire de fabrication par ses moyens matériels – n’a été retenues.
C’est sans doute dommage si, l’on considère que les hackerspaces sont des lieux à très fort potentiel en terme de lien social, de résilience et de gestion des ressources (connaissances, informations, intelligences, local, outils…). Rassurons-nous, même sans financement, il continue de se créer des ateliers communautaires : Ateliers faites les vous même, La B’idouillerie, Vous êtes libre ce soir ? .
Score actuel donc : Hackerspaces 3, Fablab 11. En effet, feu le Mozilab qu’on pouvait espérer de « type hackerspace » s’est orienté vers le modèle Fablab. Il sera inauguré le lundi 3 février 2014 à 18h00. AAP Fablabs + Mozilab = 11.

Contrairement aux Fablabs, la finalité des ateliers ouverts et participatifs n’est pas de produire des artefacts innovants contribuant au développement de l’activité économique et au « développement durable ». Il s’agit plutôt de :

  • mettre en pratique l’autonomie dans le travail,
  • de questionner le rapport à la technique en faisant (le DIY),
  • de diffuser des savoirs.

Tout ça, dans la bonne humeur et sans prétention. Bref, d’apprendre à être autonome.

Une approche pas si lointaine de cette citation extraite de Kant et le Kantisme/ J. Lacroix « L’affaire essentielle de l’homme est de savoir comment remplir convenablement la place qui lui a été assignée dans la création et de comprendre ce qu’il doit faire pour être un homme ». p. 118

Pour revenir aux communs, quelques citations empruntées à La renaissance des communs pour laisser aux lecteurs de cet article le choix de décider si les hackerspaces ont quelque chose à voir avec les communs.
Une définition de base : « des choses qui n’appartiennent à personnes et qui sont partagées par tout le monde« . p. 13
En « version avancée » ont aurait « Les communs c’est :

  • un système social en vue de la gestion responsable à long terme des ressources, qui préserve les valeurs partagées et l’identité d’une communauté ;
  • un système autoorganisé par lequel des communautés gèrent leur ressources (épuisables ou renouvelables) de manière indépendante de l’Etat & du marché, ou dans une dépendance minimale vis-à-vis d’eux ;
  • la richesse dont nous héritons ou que nous créons ensemble et que nous devons transmettre, intacte ou augmentée, à nos enfants. notre richesse collective inclut les dons de la nature, les infrastructures civiques, les oeuvres et traditions culturelles, le savoir ;
  • un secteur de l’économie (et de la vie!) qui créé de la valeur de manière souvent considérée comme allant de soi – mais qui est souvent compromise par l’Etat/marché. »

Alors, les hackerspace, un commun ? Des espaces de liberté et des modèles à promouvoir ? En admettant que les réponses soient positives, il resterait à imaginer les moyens de les pérenniser dans un monde économique. Mais, cela pourrait-il se faire sans détournement(s) / hack(s) ?

Pérenniser les hackerspaces sans les détourner est-ce possible ?

Poursuivons le rapprochement hakerspaces et communs. Esseyons de comprendre pourquoi les ateliers ouverts participatifs ont aussi peu la côte dans nos sociétés marchandes. Cela, grâce à ces quelques citations du même ouvrage.

« Véritablement voir les communs, requiert que nous renoncions à l’esprit hyperréductioniste de l’économie et de la culture de marché. […] La culture du marché a insidieusement restreint le champ de notre imagination. […] les communs contribuent à mettre en lumière de nouvelles perceptions et perspectives, ouvrant des solutions innovantes à des problèmes auparavant insolubles. […] Nous pouvons commencer à devenir les protagonistes de nos propres vies, et à appliquer nos talents considérables, nos aspirations et notre responsabilité à la résolution de problèmes réels. » p. 155 ibid.

 » Les communs mettent en question certains des mythes fondateurs du libéralisme, de l’économie de marché et de la modernité. Ils rejettent l’idée selon laquelle l’innovation technologique, l’économie de marché et le consumérisme continueront inexorablement à améliorer nos vies si seulement nous y consacrons d’aventage d’efforts ou si nous nous donnons le temps nécessaire. [..] la prolifération d’antirichesse du fait de l’activité économique normale est sans doute aussi importante que la richesse créée. En ce sens, les communs osent remettre en cause la logique marchande qui sanctifie le prix come arbitre suprême de la valeur, et le progrès matériel comme fondement de tout progrès. » p.156 ibid.

Parallèlement, nous savons tous que vivre dans nos sociétés actuelles requière de l’argent et donc des moyens de l’obtenir par un travail rémunéré ou une allocation publique. Homo economicus ne donne rien sans escompter une contrepartie qu’il espère plus importante que celle qu’il est prêt à « offrir ». D’où le risque d’un jeu de dupe où certains financeurs subventionnent l’ouverture de « tiers lieu » afin de s’approprier les « produits » d’une communauté sans avoir à recourir à un service de recherche et développement onéreux. L’objectif est ainsi de faire des économies tout en engrangeant des profits et poursuivre un mode de vie que certains jugent incompatible avec la « durabilité ».

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En conclusion, financer des ateliers ouverts et participatifs de création de liens sociaux et de richesses toutes à la fois spirituelle et économique sans perte d’ame, une question insoluble ? Question que l’on pourrait reformuler ainsi : peut-il exister un modèle économique dans les hackerspaces ? Si oui, quels sources de financement seraient possibles ? Ne devrait-on pas plutôt s’interroger sur le modèle économique des individus membres de ces lieux de réappropriation des savoirs et laisser de côter le lieu et la communauté ?

Enfin, pour ouvrir sur d’autres perspectives. Y-aurait-il des évolutions possibles dans les pratiques de bidouilleurs/hackers qui constitueraient un détournement acceptable des hackerspaces, voire, une amélioration pour tous ?

Le 31/01/2014
CD

1 réflexion sur « Hacker les hackerspaces ? »

  1. Le /tmp/lab ne souscrit pas a tout ce qui est écrit ici qui relève de l’opinion de l’auteur.

    Par exemple il en a rien a carrer d’une competition avec les fablabs : Hackerspaces 3 – Fablabs 11 ! et son but n’est certainement pas uniquement d’enseigner l’autonomie.

    Sam

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